Double identité


Encore !

Elle l’a encore fait !

La salope !

Elle va me le payer, vraiment, cette fois-ci, elle va payer pour tout le mal qu’elle m’a fait endurer.

Ça fait 17 ans que je la connais. 17 ans que nous nous côtoyons, et donc 17 ans qu’elle me fait endurer toute cette souffrance. Elle avait toujours ce qu’elle voulait, et moi j’étais perdante. Elle voulait avoir ce qu’elle désirait. Et cela marchait. J’ai seulement été trop sentimentale, je crois pouvoir m’exprimer ainsi. Si j’avais pu comprendre avant, j’aurais pu éviter ce qui va suivre. Mais il est trop tard, et cela doit fatalement arriver.

Je n’aime pas revenir sur ma parole. Je n’aime pas ne pas suivre mes engagements. Mais elle doit payer pour ce qu’elle m’a fait.

Si au moins elle n’avait pas été si différente… Ça aurait pu passer. Ça aurait même pu être amusant. Mais ce n’est pas le cas. À cause de cette salope, je me retrouve dans des situations toutes les plus déplaisantes et embarassantes les unes que les autres. Et elle, quoi qu'il lui arrive, elle est tout le temps contente. Tout marche pour le mieux. Et c’est moi qui souffre, dans tout cela. Eh oui, toujours moi, la pauvre petite Audrey, qui écope. Ah la salope ! Elle doit payer pour ce qu’elle m’a fait.

Je commencai par me rendre au salon de coiffure le plus proche… Pour faire couper mes longs cheveux blonds, qui me descendaient en grandes vagues jusqu’aux fesses. La coiffeuse me regarda, surprise : « Mais que vois-je ? Mireille qui souhaite se défaire de sa magnifique chevelure ?

- Exactement »

Je me tue, contrairement à mon habitude. Il était temps que cela change, ça faisait trop longtemps maitenant…

Je payai et je sortis rapidement, sous le regard héberlué de la coiffeuse…

Puis, j’entrai dans une boutique de vêtements. Je devais refaire toute ma garde-robe, me débarasser des ces stupides fringues qui me donnaient mal au coeur et me répugnaient. Je choisis de jolis vêtements, mais qui étaient décents et faisaient sérieux. Loin du style d’habillement « petite salope » dont j’étais précédement affublée. Lorsque je sortis de la boutique, j’en apperçu plusieurs qui chuchotaient : « Regardez ce qui est arrivé à Mireille… C’est impossible ! » Je riais sous cape. C’était… voluptueux. Enfin, j’aimais quelque chose de ma propre existence. Ah oui, je reconnais Martine, là-bas, qui n’en croit pas ses yeux. Et Louis aussi. Mais non, celui-là avec les lunettes et les cheveux noirs, je ne l’ai jamais rencontré. C’était trop amusant…

J’aurais aimé continuer à m’amuser, mais je devais passer aux choses sérieuses. Le temps pressait, car les rumeurs courent vite, et je devais me venger avant qu’elle apprenne tout. Sinon, ça serait catastrophique et je perdrais ma chance à jamais… et peut-être la vie, qui sait. Dire que je me suis laissée embarquer dans une pareille combine. C’était idiot. Mais je l’aimais…

J’entrai dans la maison où elle se trouvait habituellement à ce moment-ci de la journée. Car nous avions plusieurs cachettes, plusieurs endroits où nous nous retrouvions. Mais effectivement, elle s’y trouvait. Elle était agenouillée, en train de replacer un coussin sur le divan, dos à la porte, ses longs cheveux blonds tombant en cascade dans son dos presque nu, car elle ne portait qu’un bustier, qui descendait en vagues longues jusqu’à ses fesses. Jusqu’à son petit cul de salope qui n’était recouvert que par un bout de tissu qu’elle qualifiait de « jupe ». Elle m’entendit et se retourna vivement. Puis, elle se figea, abasourdie, sous le choc. Ça lui prit quelques secondes avant de se ressaisir, puis de me regarder furieusement, murmurant d’une voix menacante : "Audrey…"

- Ah, ma chère soeur !, lui répondis-je, ironiquement.

- Qu’as-tu fais à tes cheveux ? Et tes vêtements, mon dieu, c’est affreux ! »

Je lui fis un merveilleux sourire, une sourire sarcastique que j’avais vu plusieurs fois sur son propre visage, et que je crois bien avoir imité à la perfection. Je lui dis alors : « Ma chère Mireille… le temps est venu pour moi de changer… Je ne veux pas être comme toi, petite salope.

- Et notre pacte… tu l’as oublié ? Ce pacte a été fixé lorsque nous avions 7 ans, et on ne peut l’effacer.

- Il était et est toujours stupide, ce pacte.

- Tu as pourtant accepté…

- C’était parce que je t’aimais. Tu es ma soeur. Jumelle. Identique. Nous sommes la même. La connection est intense, depuis que nous sommes nées à 2 minutes d’intervalles. Toi en premier, dois-je dire. Je ne peux faire autrement que d’aimer l’autre moitié de moi. Mais seulement, ça va trop loin. Je n’ai pas à souffrir pour toi. Tu es ignoble. »

L’émotion m’étreignait la gorge, je tentai de dissimuler mon malaise, mais je crois bien avoir échoué. Elle renchérit : « Au moins, je suis intelligente, moi. Et rusée. J’ai réussi à te faire avaler de telles histoires, et tu me croyais.

- Je ne pouvais en faire autrement, puisque je t’aimais.

- Tu me dois la vie. Alors ce que tu fais pour moi est bien peu.

- Je te dois la vie… ? Petite salope. Je suis ta soeur ! Tu méritais vraiment une compensation pour ça ? »

Cette fois-ci, les larmes se mirent à rouler le long de mes joues, tandis qu’elle répondait :« Je t’ai donné mon rein ! Tu comprends… mon REIN ! Je n’allais pourtant pas sacrifier une partie de moi pour quelqu’un comme toi.

- Bon Dieu, tu avais 7 ans ! Pourquoi si tu me détestais tant que ça, au point de ne vouloir me donner un rein gratuitement, ne m’as tu pas laissée mourir… ? Tu n’aurais pas eu à te sacrifier.

- Tout simplement parce que je savais que j’aurais besoin de quelqu’un pour m’aider à faire ce que j’avais le goût de faire.

- À 7 ans ! ! !

- Eh oui ma chère Audrey, à 7 ans. J’avais déjà des désirs sexuels à cet âge, et je savais ce que ce serait plus tard. »

Mes larmes redoublèrent.

« Espèce de…

- Et nous étions très jolies. Nous le sommes encore, d’ailleurs. Alors c’est facile. Avec toi en plus de moi, on était deux. Je pouvais être à deux endroits différents en même temps, me trouvant toujours un ou une partenaire.

- … nymphomane.

- Grâce à toi maintenant, j’ai autant de plaisir que je veux.

- Mais pas moi…

- C’est amusant, tu ne trouves pas ? La variété de plaisir qu’on peut vivre dans une relation…

- …bisexuelle.

- Exactement ma chère, exactement. »

Je repris momentanément contrôle de moi-même, consciente que j’allais perdre, sinon : « Sache ma chère Mireille, que les femmes me laissent froide.

- Frigide ?

- Non… je n’aime cependant pas les femmes. J’aime les hommes, un point c’est tout. Ou plutôt, j’aurais aimé les hommes, si ça n’avait été de toi.

- Qu’ai-je fais encore ? Ne me dis pas que je t’ai traumatisée ?

- Plus que tu ne le crois… À l’âge où tu as commencé à m’obliger à…

- 11 ans, 11 ans seulement. J’aurais bien voulu commencer avant, mais tu comprends, c’était difficile à cause de maman et papa. À leur mort, tout a…

- Dans un accident de voiture. Et tu as à peine versé une larme, espèce de sal…

- Oh, mais voyons ! Cette larme était fausse, je voulais avoir l’air attristée, histoire de ne pas te faire encore plus de peine. Mais aujourd’hui, tu connais la vérité. J’ai vu leur mort comme une délivrance, comme une invitation à mon fantasme. »

Je recommençai à pleurer. Mais cette fois-ci, ce n’étais pas des larmes de tristesse, de résignation et de souffrance. C’était des larmes de frustrations, des larmes de colère, des larmes de rébellion et de révolte. Je hurlai : « T’es qu’une salope !

- Mais brillante.

- Salope !

- Tu m’as suivie…

- Salope !

- Tu m’as écoutée…

- Salope !

- Et pourquoi donc… ?

- Parce que je t’aimais, espèce de salope !

- L’amour gagne toujours… c’est ce qu’on dit.

- Je t’aimais parce que tu étais ma soeur ! Et toi tu ne m’aimais pas..

- Bien sûr que je t’aimais. Beaucoup même.

- Parce que je te trouvais des partenaires !

- En plein dans le mille.

- C’est ce que je disais, t’es qu’une salope !

- Je t’aime encore d’ailleurs…

- Salope !

- Enfin, un peu d’intelligence de te part.

- Tu vas me payer ça ! »

Et sur ce, je me jetai sur elle. Je la plaquai brutalement au sol, avec une force auparavant inconnue, probablement due à l’effet de l’adrénaline qui montait en moi. J’enserrais mes doigts autour de son cou, lui laissant à peine assez d’air pour respirer. Elle tentait de se débattre, mais elle n’y parvenait pas, manquant trop d’air. Elle suffoquait, mais réussit à prendre toute son énergie pour émettre un râlement : « Audrey, tu ne peux pas… Tu m’aimes ! »

Je tournai la tête et apperçut un fouet… Ahh que de mauvais souvenirs, souffrants, douloureux, traumatisants… Ma soeur, qui était nymphomane, bisexuelle et sadomasochiste. Moi qui avait été obligée de la suivre dans tout cela, de lui trouver des partenaires et de lui en garder d’autres… Des orgies qui duraient des nuits entières, depuis que j’avais 11 ans. Nos parents étaient morts, et ça m’avait beaucoup affectée. Mais cette salope de Mireille avait à peine versé une larme et m’avait empressée de partir, pour se sauver, avant qu’on se fasse mettre en famille d’accueil ou qu’on se fasse prendre des membres de la famille. Et plus ça allait, plus ça empirait. Il y avait eu le sadomasochisme, les relations homosexuelles… Je n’avais jamais éprouvé aucune attirance pour les filles, et ça me dégoûtait. Par-dessus tout, personne ne devait être au courant de mon existence. Moi et ma soeur ne devions faire qu’une. Et lorsque je protestais, lorque je lui disais que j’exécrais ce genre de relations, elle me menaçait, menaçait de me tuer, et lorsque je lui criais qu’elle était injuste, elle me rappelait le pacte que nous avions pris lors de nos 7 ans, répétant sans cesse jusqu’à ce que je m’effondre en larmes et renonce. Je regardai les yeux de ma pauvre soeur et lui dit froidement : « Non, plus maitenant, c’est fini. »

Saisissant le fouet, je me mis à la frapper encore, toujours plus fort, voyant et jouissant intérieurement de voir l’expression de terreur et de souffrance dans ses yeux, sa douleur physique autant que morale, de voir que je ne l’aimais plus et que son contrôle sur moi était tombé, tandis que je la fouettais sans relâche. Puis j’entourai son cou avec la lanière et serrai de toute mes forces. Ses yeux roulèrent dans leurs orbites et elle s’éteignit dans cette souffrance, le corps mutilé. Je lui enlevai ses vêtements, doucement, puis enlevai les miens, pour faire l’échange. C’était magnifique de voir cette pauvre salope couvrant chaque partie de son corps. Chose qu’elle n’avait jamais fait auparavant, ou du moins depuis belle lurette. Elle l’avait bien mérité, cette salope. Elle qui avait tout le temps ce qu’elle voulait. À chaque fois que je me retrouvais en compagnie de « nos » partenaires, je savais que le respect et l’admiration qu’ils portaient pour moi s’adressaient à ma soeur. À Mireille. Aujourd’hui, c’était à mon tour d’avoir le respect, d’avoir ce sentiment que j’étais moi-même. J’étais libre, j’étais moi, j’étais…

« Que se passe-t-il ici nom de Dieu ! »

Je tournai vivement la tête et apperçus Sabrina. Elle avait la bouche ouverte dans une exclamation de surprise et de terreur à la fois.

« Tes cheveux… ce cadavre… cette…

- Ne t’en fais pas, lui répondis-je. C’est ma soeur jumelle, Audrey qu’elle s’appelle. Elle est débarquée de son trou perdu au fin fond des États-Unis pour venir m’embêter et me sermoner sur ma conduite. Je l’ai un peu bousculée, et elle est morte, maintenant…

- Elle te ressemble terriblement…

- C’était ma soeur jumelle.

- … à part tes cheveux.

- Tu n’aimes pas mon nouveau look toi non plus ?

- Tu as l’air trop sage…

- Tu as raison, ça ne me va pas du tout. J’ai fait ça sur un coup de tête, j’attendrai que ça repousse.

- Non mais, tu es très jolie comme ça tu sais…

- Oui je sais… Mais ce n’est pas ce dont je veux avoir l’air. »

Sabrina était une fille qui savait se mêler de ses affaires. Elle me regarda découper le cadavre en petits morceaux avec une scie mécanique et les mettre dans un sac à ordure sans sourciller. Je poussai le divan, puis soulevai une latte branlante, pour découvrir une petite cachette secrète, digne d’un film. « Cachette temporaire », dis-je machinalement.

Elle me sourit en guise de réponse.

Tandis que je repoussais le divan, je lui demandai : « Alors, il y a toujours une orgie ce soir chez Stéphane ? »

Ce soir-là, lorsque j’entrai chez Stéphane, tous s’exclamèrent : « Mireille, tes cheveux !

- Vous n’aimez pas mon nouveau look, tout le monde ?

- Ah si si, mais tu as l’air un peu trop sage… Mais tu es très jolie » répondit Étienne avec une admiration et un respect non dissimulés.

Cette partouze fut la meilleure à laquelle j’aie jamais participé, ce fut une nuit mémorable. Je sentais enfin bien, je me sentais utile. Je ressentais l’admiration, je ressentais un plaisir intense, pendant que je me livrais à ces excès. Et c’était pour moi… pour moi seulement.

Sacrée Mireille, va. Je t’aime.


© Sadique Girl