Nous nous sommes rencontrées l'été
dernier chez une connaissance commune, Elisa est plasticienne et donne quelques
cours de dessin par-ci par-là, et moi, étudiante en Histoire,
je finis une thèse sur les femmes sous la résistance, comme
Elisa j'aime de temps en temps, pour souffler un peu, extérioriser
sur des toiles. A priori hormis la proximité de nos prénoms
et cette passion pour les couleurs, rien ne nous rapprochait, mais la conversation
avait pris et une complicité était née. Nous avons passé
un week-end océanique et fini par échanger nos adresses mails
pour ne pas nous perdre de vue, ensuite une correspondance virtuelle nous
a reliées pendant quelques mois.
Jusqu'à ce message d'Elisa qui m'annonce qu'elle a postulé pour
une formation à Marseille, ma ville. Je lui propose aussitôt
de l'héberger durant ces six mois. Il faut dire qu'à ce moment
là je ne passais pas vraiment mes nuits chez moi, "l'homme de
ma vie du moment" préférant m'avoir sous sa main. Elisa
est arrivée mi-janvier et s'est rapidement installée, une colocataire
idéale. Nous ne nous rencontrions que de temps en temps et partagions
dans ces moments là nos impressions sur tout, nos délires, nos
envies, nos coups de gueules du moment et nos petits malheurs de nombrilistes.
Et puis un soir "plateau-télé-vidéo", avec un petit air entendu, Elisa m'avoue un coup de foudre, mais attention, purement platonique, un mec, un peintre rencontré lorsqu'elle était encore à Nantes, enfin, rencontré non, vu de loin puis suivi de prés dans les journaux, les galeries sans jamais oser lui faire face. Elle vient, m'annonce-t-elle, d'obtenir sont mail et a besoin de mon aide à moi, qui en fille avertie ne peut lui refuser ça. Tu parles, moi qui collectionnais plus les ruptures qu'autre chose, je ne me sentais pas vraiment d'une très grande aide, mais je l'ai écoutée quand même, amusée et interloquée par ce qu'elle considérait comme une idée sympa qui intéresserait sûrement mon coté extravertie et joueur.
Maintenant je brûle de savoir ce qu'elle a pu
inventer, elle m'a tentée avec ses mimiques de conspiratrice et ses
allusions peu discrètes. Dans un premier temps elle ne m'explique pas
tout, elle souhaiterais juste utiliser mon mail pour commencer une correspondance
virtuelle avec son héros, mais je pourrai lire ses messages et les
réponses qu'elle recevra, si je le souhaite m'assure-t-elle.
- Pour me donner ton avis d'expert
Oui, bon, je l'autorise sans problème à utiliser mon mail, tout
en ne comprenant pas vraiment à quel point cela peut lui faciliter
les choses, mais la logique d'Elisa est quelques fois astucieusement alambiquée
et je préfère ne pas trop chercher à comprendre.
Mon mail est maintenant propriété d'Elisa,
quant à ses histoires, je ne suis pas sure d'être intéressée,
je lui demanderai juste de me raconter comment ça marche de temps en
temps. Jusque là rien de transcendant, l'échange s'est mis en
place petit à petit et Elisa a passé de plus en plus de temps
devant ses mails, un message du peintre de ses rêves suffisait à
lui donner de l'énergie pour deux et un retard, trois jours sans nouvelle
la plongeait dans un cafard monstre. Cyclothymie programmée, nous vivions
au rythme des réceptions de mails et des hauts et bas d'Elisa .
Et puis catastrophe au terme de deux mois et d'une périodicité
de six à huit mails par semaine ma coloc n'eut bientôt plus beaucoup
d'inspiration, l'imagination faisait défaut, c'est au bord de la crise,
qu'un soir je la vois débarquer avec une tête "S-O-S",
elle veut mon aide. C'est comme ça, que'ça a commencé
pour moi, que ce soir là je me suis, moi aussi, mise au clavier. Après
tout c'était mon mail, mon pseudo, mon nom qu'Elisa utilisait
Il y a de quoi sourire mais suite à une réponse j'ai continué
et me suis prise au jeu, et j'ai fini par répondre assez fréquemment
quand une insomnie me tenait éveillée ou pendant une pause entre
deux rapports à rendre. Elisa elle rayonnait la conversation était
plus dense, et prenait un tout autre intérêt, même si je
m'en mêlais, l'essentiel pour elle était sa présence à
lui dans notre boite aux lettres.
Durant deux mois nous nous sommes amusées ainsi,
le peintre Elisaniste était devenu pour moi une sorte d'exutoire, de
boite à idées où je pouvais déposer mes délires
scripturaux et mes états d'âme
Mais petit à petit
les messages se sont à nouveau espacés. C'est un jour où
il se faisaient de plus en plus rares, qu'Elisa m'annonça une nouvelle
idée lumineuse
Evidemment que son amant virtuel commençait
à se lasser, il lui fallait autre chose que des mots, des messages
pour continuer à construire, à nourrir cette relation, il lui
fallait une image à laquelle raccrocher un possible fantasme.
- -Nous ne sommes pas sur le même pied d'égalité, je sais
à quoi il ressemble mais lui ne peut que tenter de m'imaginer et encore
Alors elle a décidé de lui envoyer une photo, mais pas n'importe
quelle photo une de mes photos
Ma réaction n'est pas vraiment
enthousiaste face à son nouveau projet, je n'ai pas vraiment envie
de me retrouver dans la boite à mail d'un inconnu, les messages passe
encore mais une photo
Et ce n'est pas tout, Elisa me considérant
comme une aventurière, a jugé que je ne pouvais qu'être
complètement intéressée par sa dernière trouvaille
- Tu comprends, je ne peux pas envoyer ma photo, toi tu es plus jolie et puis
surtout comme tu vas le rencontrer il faut que ce soit toi qui soit sur la
photo!
Là j'éclate de rire, comment je vais le rencontrer ?
Ben oui Elisa a déjà tout prévu, elle doit envoyer un
mail à son peintre lui quémandant une rencontre assortie d'une
de mes photos, ce qui doit immanquablement fonctionner
Pour quelqu'un
comme moi qui aime expérimenter des choses nouvelles, incongrues, je
ne peux décemment pas passer à coté de ça!!!
En fait c'est parce que je doutais fortement de la
réussite de son projet, que j'ai fini par accepter, et puis c'est vrai
que quelque part cette idée débile me séduisait après
tout. Il n'y avait que moi pour trouver drôle le fait de rencontrer
un inconnu avec qui je n'avais échangé en tout et pour tout
que de simples mails, et qui ne connaissait de moi que le peu de choses que
j'avais pu balancer sur le net. Et tout ça pervertit par les discours
d'Elisa qui bien que s'étant soi-disant appropriée mon personnage,
comme elle disait, ne pouvait certes pas totalement réagir et penser
comme moi.
Bref la fille des mails ne pourrait pas, de toutes façons, être
celle qui se présenterait devant lui. Cela aurait du m'effrayer mais
non, j'étais trop attirée par l'expérience, Elisa avait
vu juste
Donc j'ai accepté et j'ai cherché une photo qui
pourrait plaire à cet homme qui subjuguait sa copine, j'ai fini après
beaucoup d'hésitations par en trouver une qui me convenait à
peu prés. Avec mon plus grand sourire je l'apporte à une Elisa
qui me répond
- Ce n'est pas la peine, je lui en ai déjà envoyé une
et d'ailleurs tu as rendez-vous la semaine prochaine dans une galerie Marseillaise
pour un vernissage, il doit y faire un tour, je le sais de sources sures et
j'ai même réussi à t'avoir une invit!! C'est pas super
excitant !!!
Selon Elisa la galerie c'est le lieu idéal pour une rencontre entre
deux personnes ayant une passion commune pour la peinture
Il me suffirait
de me balader au milieu de la faune des voyeurs et des pique-assiettes cultureux
à souhait pour finir par le rencontrer... C'est à ce moment
précis qu'une petite lumière signalant un danger imminent aurait
du s'éclairer dans ma tête, que j'aurais peut-être dû
m'inquiéter et arrêter le délire d'Elisa. Oui, l'arrêter
avant que ça ne se complique et que ça n'aille trop loin. J'aurais
dû sentir que ma colocataire allait m'embarquer dans ses délires,
ses histoires compliquées et que cela finirait mal
Mais j'était
trop insouciante, trop naïve pour voir plus loin que le bout de mon nez
et la perspective d'une rencontre originale, un peu incongrue, me plaisait
trop pour que je me méfie
Elisa avait effectivement là
touché un point sensible, j'aimais tenter des choses peu communes et
ce projet cadrait bien avec mes envies du moment, et puis d'abord peut-être
que ça ne marcherait pas, qu'il ne me reconnaîtrait pas
Elisa de son coté était sure d'elle et elle avait raison, c'est
trois heures après avoir reçu son message, enfin notre message
et ma photo, qu'il a téléphoné. Bien évidemment
la groupie lui avait aussi communiqué mon numéro de portable
S'en suivit une conversation de prés d'une demi-heure, moi qui ai un
faible pour les voix masculines, je n'ai pas été déçue
par celle de l'artiste, elle allait bien avec les deux trois images que j'avais
pu voir de lui, c'est sa voix qui a achevé de me convaincre
Bref
il m'a demandé de l'appeler quand il serait à Marseille, il
devait y être dans une semaine pour un vernissage mais aurait sûrement
un peu de temps devant lui
J'ai attendu qu'il soit sur Marseille depuis deux jours
pour l'appeler, juste le soir de l'expo. Je ne voulais pas en faire trop,
le harceler
J'ai composé le numéro qu'il m'avait donné
un peu stressée et tout étonnée d'entendre sa voix j'ai
bredouillé bêtement
- Bonjour c'est Lisa vous savez la fille qui vous envoie des mails
- Lisa ah oui ! je pensais que tu n'appellerais plus, je suis à Marseille
pour quatre jours nous aurons le temps de nous voir alors, je te rappelle
un peu plus tard
ciao!
Forte de ces quelques paroles, je décide de me rendre comme prévu
au vernissage le soir même, une chance pour moi, deux de mes amis y
seraient aussi, je n'aurais donc pas à errer seule en peine parmi les
encravatés et robes-de-soirée.
Elisa venait aux nouvelles via son téléphone toutes les deux
heures et raccrochait dépitée du peu d'avancée du projet
Je m'étais résolue à ne rien lui dire de peur qu'elle
n'intervienne dans mon plan
Deux heures avant le début de la soirée,
je me suis réellement mise à douter du bien fondé de
cette idée de dingues, j'étais sure cela n'aboutirait pas et
bizarrement ça me rendait assez nerveuse cette idée d'un potentiel
échec, il ne me rappelait toujours pas!!!
Alors j'ai tenté encore et encore de joindre l'objet de toutes mes
tractations, toujours son répondeur, j'ai fini par croire qu'il ne
souhaitait plus me rencontrer et qu'il s'amusait. Dépitée je
lui ai envoyé un télémessage lui reprochant de s'amuser
avec moi, sans tenir compte du fait que cela pouvait blesser.
- Tragique à souhait ! ai-je pensé en appuyant sur la touche
envoi de mon portable, tant pis c'était fait
Entre ma déception et les multiples coup de fil d'Elisa, l'ambiance
était assez difficile à supporter, bien qu'habillée et
prête à sortir, mes hésitations ont refait surface, juste
au moment où mon portable se décide à sonner, je reconnais
aussitôt le numéro et me prépare à prendre ma voix
la plus sensuelle
Marrant j'allais justement lui laisser un ultime message
sur son foutu répondeur
Il me donne rendez-vous pour le soir
même, dans un café marseillais, tout prés de la galerie
si j'en juge par l'adresse. Cette fois c'était décidé,
je vais le devancer, je serai au vernissage. Je veux voir son regard quand
il m'apercevra
21h15 fébrile mais assez contente du déroulement
de mon petit plan, je me trouve devant l'entrée de l'ACAPS. Je ne peux
m'empêcher d'imaginer Elisa bouillant d'impatience devant son portable,
regardant passer les minutes en attendant 23h
Heure fatidique où
elle pourrait appeler
21h30 j'ai déjà pratiquement vue toutes les toiles, j'en suis
à ma deuxième coupe de champagne et j'essaye tant bien que mal
de suivre la conversation de Christophe et Thomas tout en jetant de furtifs
coup d'il à l'entrée, il n'est toujours pas là
21h45 il arrive ou plutôt il fait son entrée, très vite,
trop vite entouré, je ne peux qu'à peine le reconnaître,
mes souvenirs de photos à l'appui, pas mal quoique pas mon type mais
bon il serait très intéressant selon Elisa
Après un petit quart d'heure de bavardage mondain il s'éclipse
discrètement, semblant se plonger profondément dans la contemplation
d'une des ouvres accrochées au mur. C'est le moment pour moi d'entrer
en jeu, et de tenter de m'introduire dans son champ de vision
Thomas
est le parfait prétexte, il se trouve pile à la diagonale du
carré formé par le peintre, lui, moi et la toile
Allez
une grande inspiration et je tente la traversée du carré, je
me lance dans la diagonale
Perturbation de l'artiste dont le champ de vision vient
d'être troublé par une forme de type féminin plutôt
agréable à regarder à première vue
il suit
des yeux le dos de Lisa qui se dirige d'un pas décidé vers une
autre forme masculine
Son visage, juste son visage pour être fixé
Elle se retourne comme emportée par son rire et ce visage
une
impression de déjà vu, de connu
C'est elle la fille d'Internet,
elle lui sourit, elle l'a reconnu aussi et semble maintenant s'approcher presque
timidement, elle a comme perdu son assurance d'un coup, comme si ses yeux
à lui la lui avait prise
Elle est très jolie, il regarde
sa montre, il est presque l'heure de leur rendez-vous, il lui sourit et lui
fait signe qu'il sort
J'ai chaud tout à coup, ça y est il m'a reconnu, il vient de
me faire le signe de son départ, nous avons rendez-vous pas très
loin dans un café
Je l'observe qui sort et attends quelques minutes
pour en faire autant, histoire de reprendre mes marques et mes esprits
Derrière la porte vitrée du petit café, il est là
un journal à la main. Il m'attend ?
- Mais oui, idiote, c'est toi qu'il l'attend.
J'entre et m'assoit en face de lui un sourire aux lèvres, il se lève
et m'embrasse sur les deux joues
- Bonsoir!
Une petite demi-heure de discussion, enfin d'écoute, j'interviens peu,
j'ai toujours aimé laisser parler les gens que je rencontre pour la
première fois. Il parle beaucoup, il a une attitude de dominant, un
aplomb dans ses affirmations qui contraste avec un regard qui fuit, qui ne
sait pas soutenir le mien. C'est marrant c'est presque contradictoire avec
le personnage qu'il a mis en place mais aussi rassurant
L'heure tourne, rien à voir avec Cendrillon, mais j'ai donné
rendez-vous à Thomas au cas où ça se passerait mal et
si je ne suis pas de retour dans un quart d'heure, il risque de débarquer
accompagné de son fidèle Christophe
Et puis il doit au
moins y avoir quelques messages d'Elisa surexcitée sur ma messagerie
Je prétexte donc une invitation chez des amis, nous nous quittons,
deux autres bises, une sur chaque joue.
- Rappelle-moi si tu viens un jour à Nantes
Il paraît que statistiquement c'est probable, a-t-il ajouté avant
de partir
J'acquiesce et le regarde s'en aller
Il y avait quatre messages d'Elisa, mais j'ai opté
pour l'option "la faire patienter jusqu'au lendemain", ce soir je
veux profiter seule de ma rencontre.
A mon réveil vers 9h, je me décide enfin a appeler ma colocataire
en stage à Aix pour lui raconter, mais elle ne veut savoir qu'une chose
ce qui s'est passé pendant la nuit
La nuit????
- Ben j'ai dormi, ma belle !
Elisa ne semble pas me croire et ne se satisfait de ma réponse
Tant
pis pour elle, encore sur mon nuage, je coupe court à la conversation
et ne m'inquiète pas
Quelques jours passent
j'ai envoyé deux
mails pour ne rien dire comme ça pour voir si la réponse venait
et rien
Depuis mon retour, Elisa me harcèle, essaye de me piéger,
en vain, persuadée que je me suis tapé son héros comme
elle dit
Cela devient un peu lourd
Et puis retour de mail, une réponse??? Oui mais agressive un mail du
peintre qui me demande de ne plus écrire. Quelle surprise, je ne comprends
pas mais j'obtempère, ses mots sont clairs et plutôt cinglants,
vindicatifs, plus d'envie de communiquer
J'en fais part à Elisa
et lui apprends ma décision de ne plus continuer, mais je m'étonne
quand même de ce retournement de situation, d'autant plus, que cela
ne paraît pourtant pas surprendre plus que cela ma colocataire
D'ailleurs Elisa est devenue presqu'aggressive depuis ces quelques jours,
je ne la reconnais pas vraiment et ne comprends toujours pas ses motivations,
et son insistance sur une nuit qui ne s'est jamais déroulée
Heureux hasard, des amis me proposent un week-end de 5 jours en bord de mer,
je laisse sans regret Elisa à ses délires, en espérant
qu'ils se seront calmés à mon retour. Même ses toiles
reflètent son état d'esprit du moment, elles ne me plaisent
plus vraiment, trop sombres, trop violentes
.
Retour de mer, et incrédulité devant le petit mot laissé
par une des amies de ma colocataire
Elisa est chez elle et se repose
suite à une overdose médicamenteuse dont je serais responsable
Je téléphone immédiatement chez l'auteur du mot, Elisa
aurait eu confirmation par son peintre que nous aurions passé la nuit
ensembles et suite à cela je suis accusée d'avoir fait en sorte
que notre communication mailistique se termine pour le garder pour moi toute
seule
Délire complet, j'ai l'impression d'être au milieu d'un film
de mauvais genre
Je ne comprends rien à rien, et je ne peux que
constater l'ampleur des dégâts matériels chez moi
Ma colocataire semble avoir été prise de folie furieuse et s'est
laissée aller à son passe temps, à son art, en recouvrant
les murs de ma chambre de graffitis significatifs
Un "SALOPE"
en majuscules et rouge vif orne le mur droit de la chambre et le reste n'est
pas mieux
L'odeur elle aussi semble s'être mise au diapason des
émotions de cette folle qui a déversé des sacs d'ordures
ménagères dans tout l'appart
Toujours plus fort, en consultant
ma messagerie pour tenter d'éclaircir cette bizarre histoire, je m'aperçois
via un message du peintre que ma furie de colocataire a utilisé et
mon mail et une fausse adresse au nom d'un mes amis pour provoquer une réaction
du dit peintre
qui ironiquement conforte l'hystérique dans son
obsession
Je suis comme assommée, des questions commencent à tourner dans
ma tête, que s'est-il passé, pourquoi Elisa en est arrivée
là, je me suis faite avoir, vampirisée par cette folle
Tous les mails sont signés de mon nom et porte ma trace, elle m'a utilisée
Comment maintenant expliquer cette histoire peu crédible, comment me
justifier et en sortir innocentée, indemne? Impossible je suis prise
au piège
Déboussolée, je tente de téléphoner à mon
ami pour trouver de l'aide, mais là aussi l'accueil n'est pas foncièrement
agréable, il ne comprend pas mes derniers mails et le coup de fil d'Elisa
qui l'a informé de ma soi-disant nuit d'amour avec un inconnu. Il a
tenté de me joindre en vain depuis cinq jours et a fini par y croire
Heureusement pour moi, il me connaît bien, après de courtes négociations
il accepte de me laisser lui expliquer. Je lui déballe toute l'histoire,
ma participation à l'obsession de ma colocataire, plus je raconte plus
je comprends à quel point j'ai été utilisée, plus
je me rends compte de la folie douce qui a peu à peu possédée
ma compagne d'appartement
Mais parler me fait du bien et Laurent m'écoute
toujours, je sais qu'il me crois, j'ai réussi au moins pour ce qui
le concerne lui.
Il débarque un quart d'heure plus tard pour constater les dégâts
Il n'y a plus aucunes traces matérielles, vestimentaires et autres,
d'Elisa, plus rien qui ne lui appartienne ici, dans l'appartement, mais le
double des clefs a disparu avec elle
Je commence à peine à
reprendre pied, le téléphone sonne encore, Elisa, depuis le
matin laisse message de menaces sur message de menaces sur le répondeur
de l'appartement. Laurent écoute les délires d'Elisa et décide
pour moi, j'ai apparemment trop de difficultés à accuser le
coup. Moi qui devais partir le surlendemain pour un stage de deux mois, je
ne sais plus comment réagir
Finalement je finis par convenir avec Laurent de partir le soir même,
je lui laisse l'appart, il réglera les choses les choses
. Changement
de serrure, rangement, réparations des dégâts, il s'en
chargera, l'important pour moi c'est de ne pas rester ici
j'ai besoin
d'air et pas seulement à cause de cette odeur mais pour faire le point,
pour réfléchir pour comprendre à quel moment tout ça
a commencé à m'échapper
Voilà deux mois ont passé..
Ce que j'ai pu l'appréhender mon retour dans cet appartement! J'ai
même du mal à tourner la clef dans la serrure toute neuve pourtant,
et cette petite angoisse qui me tort un peu l'estomac, cette peur de voir
Elisa réapparaître derrière la porte de la chambre.
Non
elle n'y est pas, les murs sont repeints et le salon propre et rangé,
toutes les traces de la folie d'Elisa sont effacées.. Toutes pas si
sure, je n'ai pas eu l'occasion, ni l'envie ou le courage d'ailleurs, de contacter
le peintre
non je ne le souhaite pas, ou pas encore
Qui me croirait? Qui croirait à cette histoire de mails échangés
en doublon qui tourne mal? L'histoire d'une groupie fanatique au point d'imaginer
un tel stratagème pour tenter de toucher l'objet de son obsession
Personne, pas même moi si on me la racontait et pourtant
Toutes les traces visible de cette histoire folle ont donc disparues, toutes
sauf peut-être celles qui restent encore bien accrochés dans
ma tête et qui font que j'ai pour le moment presque une phobie du Web
Enfin il paraît qu'avec le temps