Avec tout le respect que je te dois
Il paraît que je devrais te respecter, que les gens de ton âge, ça se ménage… Mais ne compte pas sur moi pour ça.
Je n’oublie rien, et je ne pardonne pas…
Je n’oublie pas les enfants que nous étions, je n’oublie pas les mots qui déchirent, qui font plus mal que des coups, qui longtemps après font encore leur œuvre alors que les blessures du corps finissent par guérir … Non, je n’oublie rien.
Je te hais encore… Et cette haine je la garde en moi. C’est grâce à elle si je suis encore debout. Tu vois, au fond, c’est un peu grâce à toi…
Ça me fait rire quand je pense à ça : tu voulais nous détruire, et tu nous as donnés la force de lutter… Mais je n’irais pas jusqu’à t’en remercier… Parce que le rire est amer, qu’il a un goût de cendre, parce que le rire est encore chargé des larmes retenues…
Oui, je ris…
Entends moi, et entends comme je te méprise.
Bien sûr que le temps a passé… Mais ça ne change rien, il faudrait des milliers d’années pour que le fiel se dilue, se lave, se délave… Il faudrait des milliers d’années, et encore ce ne serait pas assez.
Alors s’il te plaît, ne me tends pas la main quand j’ai envie de te cracher au visage. Ne m’observe pas avec cet air de ne pas comprendre… Je sais que tu sais. Tout est inutile à présent. Il est trop tard. Le passé n’est pas un tableau noir qu’on efface d’un coup d’éponge.
Ça ne sert à rien, les mots sont gravés. Il est des paroles si lourdes qu’elles ne s’envolent pas…
Des paroles...
Qui plombent et détruisent les enfants…
© La Mosca Loca