Il y a environ un an, au hasard de mes "folies" sur le chat, j'ai rencontré une toute petite femme qui m'a séduit par son dynamisme. Cette petite femme est un sacré numéro et, pour ceux qui la connaissent, personne ne me contredira si je la qualifie de "grande dame".

A Noël 1999, pour une classe de 5ème et 6ème dont elle avait la charge, j'ai écrit un conte de Noël...

La réaction des enfants pour qui il était destiné m'a fait un plaisir immense. Cette année, j'ai eu envie de renouveller l'expérience. Mais en entraînant, cette fois, quelques autres "personnages" rencontrés sur le net. J'aurais aimé qu'ils soient plus nombreux, ces chevaliers de la plume...
Mais il se fait que pour écrire, il faut l'inspiration. Et, croyez-moi, quand on est habitué à écrire des histoires pour un public adulte, écrire pour d'adorables petits monstres, ce n'est vraiment pas chose aisée. Enfin... Voici ce que ces gens que j'aime ont eu la gentillesse de m'adresser.
Je les remercie de m'avoir apporté cette marque de sympathie.

Salut, Karen, j'espère ainsi tenir ma promesse et t'apporter quelques alumettes qui mettront des étoiles dans les yeux de ta "gang"...
Geache

La table des contes
Père Noël par interim ---- Tophe
Illustration de Titcaro (1)
Mon Père Noël ---- Thierry
Liberty ---- Thierry
Le Père Noël, vu avec les yeux de Titcaro (2)
Passes magiques ---- Jeff
Le Noël de Pedro ---- Geache

Si ces quelques textes vous ont plu et que vous avez envie de nous le dire...





Tophe, 13/02/79, Suisse

Père Noël par interim...


René Gillière, homme de 52 ans , financier brillant et adepte de l'économie libérale jusqu'alors, révait de se reconvertir. Les multiples années de stress avaient laissé de lourdes traces sur son organisme. Mais que pouvait-il y faire? Trop vieux pour reprendre des études, trop maladroit pour une activité manuelle, son corps tombant en ruine, il lui était impossible de fournir un travail physique.

Même s'il avait oublié son existence depuis longtemps, un vieil homme lui proposa de devenir Père Noël... Non pas un de ces pères Noël de base se gelant les mains pendant la nuit du 24 décembre n'ayant même pas le temps de s'arrêter prendre le délicieux café qu'avait préparé la grand-mère fait avec des grains de Colombie soigneusement séléctionnés... Non, lui devait-être le boss, le vrai... Celui qui étudiait le marché du jouet avec le maximum de soin pour savoir en mai ce qui devrait être à la mode à la fin de l'année. La tête pensante du système.

Ce nouveau travail l'intriguait beaucoup et après avoir vaguement négocié son salaire, il se mit au travail un 15 janvier sauf erreur... L'exitation du Noël précédant venant de retomber, il fallait désormais commencer à préparer le prochain. Son premier travail fut de décider de la somme d'argent qui allait être attribuée à chaque enfant de chaque pays pour pouvoir acheter les cadeaux. Ne sachant pas quoi donner, il décida d'aller voir ce qui se faisait lors des années précédentes... Il regarda une page du cahier, la page de l'Europe... Il n'avait encore jamais manipulé de telles sommes d'argent, il regarda la page de l'année suivante, les enfants devenaient de plus en plus gourmands... Pokémon à mouvement rectilignement uniforme... Dinosaure intelligent programmé avec Ada 007... Bat voiture à traction électro-magnétique... Game-boy à rayons gamma... Tout y passait les enfants engloutissaient chaque année un peu plus d'argent... Appeuré par ces chiffres, notre bon Père-Noël en chef pris un autre cahier, dessus il était noté Afrique... Ayant peur de retrouver la même chose, il ouvrit la page lentement mais les chiffres n'étaient plus du tout les mêmes... Il y avait à peine de quoi offrir une pomme à chaque enfant. Les pages de ce cahier étaient recouvertes d'un désert de misère. Dans l'incompréhension la plus totale, il se mit à réfléchir. Monsieur l'économiste avait oublié que la misère existait... Que faire? Il ne savait pas. Pour la première fois de sa vie, il n'avait pas de réponse. Pourrquoi certains avaient eu autant et d'autres pas? À qui donner maintenant. Finalement, il donna sa démission et partit faire un long voyage dans le désert. Juste l'occasion de réfléchir un peu à l'écart de sa petite vie d'homme... Juste l'occasion de compter ses pas... Compter ses pas pour ne plus compter ses sous... Depuis lors je n'ai plus eu de nouvelles de mon ami René Gillière...

Tophe

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Titcaro, France... Non, non, on ne dira pas son âge, cela ne se fait pas pour une dame...

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Thierry, 09/07/1959, France

Mon père Noël

Je vous le dis de suite, je ne crois pas au père Noël, je n’y crois plus.
Le pire c’est qu’ils m'ont menti, tout dit comme il fallait pas. C'est vrai quoi, ce que je dis. Enfin tout le monde le sait. Il n'existe plus le père Noël. Dîtes moi que j’ai raison, je ne sais plus.

S'il existait, il ne se serait pas défilé à chaque fois que je voulais savoir, dîtes?

Moi, j’aurais bien aimé qu’il reste qu’il émerveille, qu’il me parle d’amour et d’idées de grands. Mais, à chaque fois, c’étaient les fuites en avant et le noir de ses talons, Des chaussures que je connaissais par coeur.

Au début je ne bougeais pas, exactement comme mon petit frère, François, aujourd’hui.

J’étais pétrifié. L’attente, la sonnerie qui vous glace, tout le monde à l’aise sauf vous.

Personne ne le comprend, François, dans sa crainte de tout petit. Je le vois bien.

Et puis enfin, le moment tant redouté, ce passage obligé vers les cadeaux, cet immense géant rouge qui apparaît et qui fait peur.

- « Et puis est ce que tu as été sage, François ?

- Mon petit doigt, m’a dit que quelquefois tu n’était pas très gentil avec ta petite sœur. Est ce que tu seras sage cette année, François ? »

Tu parles qu’il va dire non le François. Il sait qu’il n’a pas été tout « clean », tous les jours mais bon y’a les cadeaux qu’il entraperçoit et puis les autres derrière

-« Allez dis bonjour au père Noël

-Fais un sourire pour la photo, la vidéo . »

François, généralement, c’est le moment où il craque, c’est normal, c’est trop dur cet espoir d’être aimé, cette peur de décevoir, cet inconnu qui sait tout.

Alors, comme moi avant, comme beaucoup d’enfants, il pleure. C’est normal, et pourtant personne ne le comprend quand il pleure.

Cette année, je ne le laisserais pas partir le père Noël, dans ses chaussures que tout le monde connaît à la maison.

Je veux qu’il sache que je sais qu’il n’est pas à la hauteur.

S’il veut qu’on le croit, il faut qu’il ait du courage et qu’il dise la vérité. Les cadeaux, ça ne justifie pas tout. Quand j’ai commencé à comprendre, à douter, à écouter les copains, bref quand j’ai su qu’il y avait quelques petits mensonges là dessous. Vous savez ces fables que les adultes inventent pour aimer se rappeler le temps où ils étaient eux aussi des enfants. Et bien quand j’ai commencé à comprendre ou plutôt à vouloir des explications, sur les guignols enguirlandés devant les devantures des magasins, j’aurais aimé qu’il descende vers moi, qu’il me prenne sur ses genoux. J'aurais vu ses yeux de près, j'aurais su sa bouche derrière sa barbe, j'aurais reconnu jusqu’à son odeur, moi. Nous aurions été complices au-delà des rires des grands qui ne comprennent plus les enfants. Nous aurions su, tous les deux que nous savions.

Voilà pourquoi, chaque année, depuis longtemps, je ne veux pas que le père Noël s’enfuie trop vite, dans les chaussures de mon papa.

Je ne veux pas qu’il parte au moment où je voudrais que lui se donne en cadeau. J’ai tant l’espoir de le voir grand, magique à illuminer ma vie.

Depuis que je suis tout petit, je voudrais que mon père sache, que pour moi, c'est lui le père Noël.

T.Crier 07/12/2000

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Thierry, 09/07/1959, France

Liberty


Ce soir, comme tous les soirs, Thomas regarde les étoiles. Souvent certaines se cachent derrière les nuages. Une seule reste présente, même si personne ne la voit à part Thomas, même si personne ne comprend vraîment Thomas.

Chaque soir depuis un an, Thomas sait, comme cette étoile qu’eux deux ont rendez vous quelque soit le temps quelque soient les évènements. Ce qui les relie se situe bien au-delà des règles des grands.

Ce soir quand même, c’est un soir particulier, un anniversaire, le premier.
Elle était tellement jolie, comment ne pas la regarder ? Comment ne pas l’aimer ?

Oh il y avait d’autres cadeaux bien sûr, tous plus beaux les uns que les autres. La liste de Thomas avait été longue et ce qu’il avait désiré avait été apporté. C’était bien, un bon moment, une bonne soirée. Finalement tout cela aurait pu être un Noël comme les autres, s’il n’avait pas eu Liberty.

Elle était sous un drap blanc, dans sa cage. Thomas n’était pas au courant. Il n’avait rien demandé.
Quand ses parents lui dirent qu’il y avait le drap à retirer la lumière entra brusquement dans les yeux de Liberty qui, affolée, voleta dans tous les sens.

Thomas n’avait jamais vu de colombe autrement que dans les livres.
Il resta longtemps à la regarder, ils restèrent longtemps à s’apprivoiser. Comme cela, les yeux dans les yeux, absents des autres et du temps.
Puis, au fil des heures, Liberty accepta les bras du garçon, ses caresses. Quand elle s’effrayait elle comprenait qu’il pouvait la protéger. Alors elle se blottissait un peu plus dans son coeur.

Dès le premier soir la cage de Liberty fut placée dans la chambre de Thomas et les jours qui suivirent il fût très fier de sa colombe auprès de ses copains.
De jouet elle devint cadeau puis confidente. De la finesse de l’oiseau, de sa blanche intelligence, de l’attention de Thomas naquirent leur sentiments.

Au bout de quinze jours ils devinrent si proches qu’aujourd’hui, avec du recul, Thomas parle encore pudiquement de tendresse.

C’est au nom de cet amour que la dernière nuit Liberty et Thomas dormirent ensemble dans le même lit, blottis dans le plaisir de se toucher et de s’entendre.
Il se regardèrent tant que dura la lune. Il lui dit ses mots et elle accéléra son coeur. Tous deux savaient déjà l’évidence à laquelle conduisait leur affection.

Le lendemain matin, un premier janvier, il y a un an, à la dernière étoile, Thomas, un petit garçon ouvrit lentement la fenêtre de sa chambre, une colombe sur son épaule. Il embrassa fort, fort, très fort, la douce blancheur de Liberty et la posa sur le rebord de la maison. Elle le regarda comme jamais personne ne le regardera plus, comme on laisse des traces dans l’avenir de ceux qu’on aime.
Puis elle s’envola vers sa liberté, belle à créer une étoile de plus dans le ciel.
Ce soir devant ces images qui reviennent, Thomas est mélancolique.
Si vous lui demandiez pourquoi, il vous dirait qu’il s’agit là d’un mélange d’amour et de tristesse.


Thierry. Crier 08/12/2000


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Titcaro, France... Pas la peine d'insister, je ne dirai pas son âge...



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Jeff, 13/01/1979, France

Passes magiques

Il faisait vraiment froid ce jour là. Léila regardait passer les voitures dans la grande avenue pleine de neige. Cette année encore, les trottoirs étaient impraticables, à cause de toute cette neige qui finissait en boue au bout de quelques jours. Mieux valait se trouver assis où se tenait Léila : sur une des branches d’un grand chêne dans le plus grand parc de la ville.

Pendant ce temps, Ernest attendait patiemment à la sortie du restaurant tout en jetant des coups d’½il malicieux à Léila, tout en haut de son arbre, à quelques mètres de là. Il commençait à s’impatienter un peu car le garçon ne venait pas. On lui avait pourtant promis un repas gratuit aux “Quatre vents”; c’était le nom du restaurant. Alors il se mit à compter les gens qui passaient pour ne pas trop s’ennuyer. Un, deux, trois… Mais il ne suffit que de quelques minutes pour que José, le fameux serveur des “Quatre vents”n’arrive avec un petit panier en osier recouvert d’un plastique. Le panier ainsi recouvert ne prendrait ni l’eau, ni la neige. Ernest attrapa le panier et en faisant un petit geste de la main, s’enfuit en courant. Il galopait déjà à travers les passants, manquant de se faire écraser par deux fois, vers le parc Stradivarius; c’etait le nom du parc.

Ah mais j’oubliais! Il faut que je vous dise ! Ernest et Léila sont des lutins, des tout petits bonhommes habillés en verts avec des chapeaux de lutins, vous savez, des chapeaux en pointe ! C’est évidemment pour cela que, au milieu des passants qui mesurent au moins deux mètres de haut, les dix centimètres d’Ernest sont ridicules! Les lutins apparaissent aux alentours de Noël, on ne sait pas trop pourquoi. Il y en a qui disent que c’est pour préparer des cadeaux, d’autres qui disent qu’ils surveillent les enfants. D’autres encore disent que ce n’est ni l’un ni l’autre et que tous les lutins de la terre ont sûrement une mission secrète que nous ne pouvons pas comprendre, bêtes humains que nous sommes…

Ernest arriva au pied de l’arbre tout essoufflé. Léila fit une passe magique, c’est à dire qu’elle prononça une série de paroles magiques qui ressemblaient à “Tarte à la noix et Violoncelle des bois !” à moins que ce ne soit “Opéra et mission du sel du roi !”… Et dans le même temps elle fit un geste magique comme par exemple un croisement de jambe avec un doigt à moins que ce ne soit un pied de nez renversé, j’ai pas bien vu, ni bien entendu… Toujours est-il qu’Ernest disparut du sol et réapparut sur la même branche que Léila.

« T’en as mis du temps, sacripant ! » s’écria Léila.
« Mais c’est José qui n’arrivait pas, sparadrap ! » répondit Ernest, tout de même un peu essoufflé.
« Il y a quoi à manger alors, Albator ? »
« J’en sais rien, j’ai pas eu le temps de regarder, moi, chocolat ! »

Ernest se dépêcha de déballer le panier pour découvrir ce qu’il contenait. Il trouva bien sur deux sandwichs au concombre d’Afrique et aussi deux yaourts à la cerise du Congo comme il avait demandé. Et comme à chaque fois, il trouva juste à coté une bombe à plasma qui explosa au moment où il attrapait son sandwich. Evidemment, comme à chaque fois, nos deux lutins firent une passe magique pour arrêter l’explosion de la bombe et la faire disparaître pour éviter que quelqu’un ne soit blessé dans le parc.

« Je me demande pourquoi ils mettent toujours une bombe dans nos paniers de provisions », s’interrogeait Ernest, tout en mastiquant son sandwich d’un appétit d’hippopotame de Nouvelle Zélande.

« Je sais pas non plus », lui répondit elle, « peut être est-ce une tradition de faire une blague aux lutins par ici, je ne vois que cela comme explication ! »
« Oui peut être mais bon, il pourrait varier tout de même, parce qu’une bombe à chaque fois c’est pas très original ! »

Léila se mit à réfléchir un instant.

« A mon avis, lui dit-elle, ils essaient de nous faire des blagues pour qu’on leur révèle ce que nous faisons dans le coin. »
« Tu crois ? Tu crois qu’ils n’ont pas devinés depuis le temps ? »
« Non je ne pense pas et comme ils ne savent pas, ils se disent qu’en se montrant gentils on leur dira ce que nous faisons la nuit ! »
« Peut-être bien que t’as raison… »
Ils finirent de machouiller leur sandwichs et de boire. Et puis ils firent une petite sieste pour être en forme pour “l’opération” de cette nuit. Ils dormirent jusqu’à minuit moins le quart et Ernest ronfla une fois de plus, il est terrible quand il dort celui-là !
Ils descendirent de l’arbre et se mirent en route pour le point de rendez-vous, au centre du parc Stradivarius. Heureusement, à cette heure là, il n’y avait plus personne dans le parc. Ils se mirent dos à dos et firent chacun 345 pas pour être à la bonne distance l’un de l’autre. Ils durent recommencer trois fois parce qu’Ernest trébucha les deux premières fois et perdit le nombre où il en était rendu…

“337, 338, 339 … »
« Et tombe pas cette fois ! » cria Léila.
« T’inquiètes !340, 341 … »
Maintenant en position, ils firent une fois de plus deux ou trois passes magiques en s’écriant “Morte saison et boule de gomme” ou peut-être “Cyclotron et oubliette de pomme”, je ne sais plus, je n’ai pas très bien entendu dans le noir… Et ainsi, ils allumèrent des petites lumières sur le sol, disposées en ligne, une ligne chacun. Les deux rangées de lumières faisaient comme une route au milieu du parc. Et quelques minutes plus tard Ernest s’écria : “Le voilà !!!”
Un attelage des plus curieux, tiré par des rennes, se dirigeant vers cette superbe route lumineuse, arrivait à travers le ciel du parc.
“Et oui… Voilà le bon vieux père Noël…” commenta Léila.


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Geache, 02/04/1959, Belgique

Le Noël de Pedro

Depuis tout ce temps, Pedro parcourait les routes au hasard des pérégrinations du clan. Enfin, quand je dis au hasard... Le clan suivait toujours le même itinéraire pour monter jusqu'en Allemagne, dans la vallée du Rhin. Il y passait l'été aux heures chaudes dans une bourgade allemande. Pedro devait contribuer à la survie du clan. Pour cela, on lui demandait de faire la manche, demander la charité si tu préfères, dans les riches galeries commerçantes allemandes.

Quand l'été touchait à sa fin, au début septembre, le clan redescendait dans le sud de la France, en Camargue pour être exact, aux Saintes-Marie-De-La-Mer.

Pedro était un gitan. Sa famille n'était guère riche : tout ce qu'elle possédait tenait dans la caravane qu'elle avait acquis.

Depuis des lustres, la famille de Pedro vivait toujours de la même façon. Depuis le grand-père du grand-père de l'arrière-grand-père de Pedro... Et peut-être même plus encore mais la mémoire des hommes ne se souvenait pas plus avant.

Pedro n'aimait pas la Camargue l'hiver : toutes ces étendues lui semblaient grises et tristes. Non, Pedro n'aimait pas cela.

Cette année là, pour la première fois, la famille de Pedro n'avait pas suivit le clan. Sa mère avait fait une très mauvaise chute et elle s'était blessée à la colonne vertébrale. Elle avait dû rester longtemps en clinique et, une fois sortie, elle devait éviter de trop bouger et de se fatiguer. Alors, le père de Pedro avait décidé de prolonger son séjour en Allemagne et d'attendre le retour du clan au printemps suivant.

Et, soudain, Pedro se rendit compte qu'il ne passerait pas l'hiver au sein du clan, qu'il ne partagerait pas les festivités que celui-çi ne manquerait sûrement pas d'organiser pour Noël et Nouvel An.

Malgrès la beauté et la majesté des paysages allemands, Pedro se sentait seul et triste. Les arbres qui se paraient d'argent à l'aurore, n'arrivaient pas à l'égayer. Pedro était très malheureux.

Le 24 décembre arriva bien trop vite à ses yeux et le miracle qu'il avait tant espéré ne s'était pas produit : ils n'avaient pu rejoindre le clan et Pedro ne participerait pas aux festivités.

Le soir du 24, Pedro chercha un endroit où cacher son immense détresse et il s'assit sur un muret qui embrassait la campagne allemande. Pedro en voulait à la terre entière. Il en voulait au ciel. Il en voulait au Père Noël. Mais, d'un autre côté, il attendait minuit pour voir comment les allemands fêtaient Noël...

Quelque part, un clocher se mit à égrener les douze coups de minuit.

Pedro eût son attention attirée... Là-bas, un sapin lui semblait se parer de milliers de petites étoiles.
Il s'allumait... S'éteignait... Se rallumait...

En s'approchant, Pedro constata qu'il s'agissait de lucioles, tu sais, ces petits insectes qui ont le corps luminescent.

Bon, d'accord, tu vas me dire que les lucioles ne "s'éclairent" pas en hiver. Peut-être...

Mon histoire n'est qu'une histoire...

Tu demanderas à tous ces grands qui se marrent, derrière mon dos, s'ils ont une meilleure explication pour laquelle, depuis ce temps, on met des guirlandes aux lumières clignotantes dans les sapins de Noël.

Tu vois ? Mon histoire n'est pas si folle, pas vrai ?


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