Barbare
Le pays des grigris a tremblé. Une voix ancienne s'est tue.
Vous avez frémi sans trop savoir, pleuré peut-être,
Le vrombissement muet d'insectes abyssaux vous a saisis.
Apaisez-vous, ami, il n'est plus temps.
Les mots obscurs ont cédé, c'est le poids de la terre,
Plus ôcre que jamais elle a déchiré sa masse sombre
Et le feu soudain a surgi, battement assourdissant et sauvage,
Vibration des coeurs à l'unisson.
Vous offrez vos mains pourtant ! Y cachez vos fêtiches en absurde protection.
Ecoutez. En silence s'effile l'haleine fétide des corps,
Senteurs vides qui s'oublient et défaillent en abîme,
Tant de certitudes y vacillent.
Amer breuvage que celui-là, tristes mines, tièdes grimaces !
S'il frôle une lèvre c'est un langage qui se perd ou se meurt,
Contrées frêles fragiles encore à ciel ouvert qui se tordent...
Couvrez votre visage ami, c'est plus sage.
© Kania