Aujourd'hui, tout va bien !

Par tous les lieux de vie où l’homme se déflore
en des tumultes vains de vaines espérances,
bredouillant, çà et là, chacun de nous déplore
les malheurs atterrés qui côtoient l’existence.

Le regard affamé d’un gosse sur des ruines
dont la mère offre au ciel ses grands yeux en miroir,
n’ayant pour toute manne souvent que la bruine
de quelque bombe au loin écrivant son histoire.

Et ce soldat du front aux frontières des haines
déployant son drapeau au gré des boucheries,
ne percevant plus rien des choses inhumaines,
n’entreverra jamais le mot : « mutinerie ».

Parmi toutes ces rides aux plaies des destins,
en tous ces jours encor, par tout cela, creusées,
nous bredouillons « shocking » et demeurons pantins
ficelés par nature et naturalisés.

Le soleil des étés en paix avec eux-mêmes
nous réchauffe la vie lointaine des douleurs,
c’est ainsi qu’on oublie tout ce que l’homme sème
depuis des siècles lourds et de morts et de pleurs !

L’attente est un tourment lorsque plus rien ne bouge,
lorsque l’homme, aux semblants des solidarités,
laisse couler le sang… le nôtre aussi est rouge…
aujourd’hui tout va bien… demain… Où s’abriter ?

© Alain Girard