A bord de la rivière

Au bord de la rivière sont des âmes tranquilles
grises de ne plus voir chanter les arbres en pleurs
grises d'avoir truqué la ronde des couleurs
au fond d'un verre tiède ou le carmin se pâme .
Une écorce de bois s'éloigne doucement…

Se jouant des fumées aux autres artifices,
un souffle ,une douceur pure comme un enfant
yeux et lèvres brillants effaçant les mensonges,
un souffle de tendresse au nœud de sa souffrance
à transformé la souche en mystérieux vaisseau.

À son bord des chansons des larmes et des fêtes
des costumes de bal, des haillons des rubans,
des viols et des combats des haines et des joies
se racontent et se cachent sous d'étranges décors
de légendes gravées sur le bois qui se tord .

Au bord de la rivière, sont des âmes tranquilles
Que nul ne les dérange, que l'instant reste beau.
La vérité offense, habillons-nous pour elles
d'herbe folle ,d'absinthe, de néant et de vin
et, berçons en passant le sommeil du cyclope.

Lorsque nos bateaux ivres se seront éloignés
et que nos voix éteintes chanteront pour la brise
qu'il est bon de s'aimer loin des rapaces humains
on verra éclater des bulles de savon
et des pantins très propres rejoindre les comètes.

06/11/2000


© Henri Dreysse