Corps dehors et décors dedans

Rivières blêmes aux galets délavés
Vos rivages sont ils plus lourds au petit matin
De rosée légèrement moins rose ou salée ?

Les tourments limpides auront tout lavé.

En cherchant minutieusement dans l’herbe bleue
Il reste peut-être encore des morceaux de craie
Vieux, comme les débris d’un tableau noir
Et quelques bribes de poésie écorchée.

Les souffles invisibles auront tout envolé.

Saules pleureurs avaient vous bu tout le sang
Emporté par le torrent intérieur des corps vivants ?
Dehors tout est murmure,
L’eau claire, le feuillage au brin d’air,
Et le souvenir se défend à renfort de silence
De ne pas être effacé en dedans.

La source coule toujours, et la cascade et le torrent
Le ciel s’y reflète toujours et les visages et les étoiles
Tout revit toujours malgré les orages et les batailles
Tout est dehors et présent en dedans.

Mais la mémoire…
La mémoire s’oublie lentement.


© John Bleuet