Derrière la porte

Elle voyage dans l’ombre étouffante et grise des cendres
Dans l’univers sans espace de ce long escalier noir et étroit
Elle reste sur le dernier palier, d’où elle ne peut redescendre
Une unique et pénible ascension dans la peur et le froid.

Au bout du couloir, une seule issue, une porte invisible
Un espoir sans poignée, qui ne s’ouvre que de l’autre côté
Elle respire les parfums d’avenir aux rives de l’impossible
Et flotte ondulante telle une écharpe de soie ivre de liberté.

Un être blême derrière la porte perçoit son silence cloîtré
Mais ses mains ont un lien trop serré qui le brûle et le saigne
Ses yeux ne voient que les plaies d’un bonheur poignardé,
Gisant dans son corps tailladé et brûlant de douleur et de fièvre .

Elle sait que cette âme seule détient le pouvoir des couleurs
De l’air frais, du soleil, de l’azur, des rivières et des fleurs
Le savoir et le sens des mots étranges gravés à fleur de peau
Dont la seule délivrance dors derrière la porte de son roman clos.


 

© John Bleuet