A portée de main

J’ai mis le temps
Beaucoup trop… Mais,
J’ai entendu rire la rivière dans mes mains
Trouvé le sommeil dans son chantonnement
J’ai pris le temps,
D’écouter la vie.

J’ai mis du temps ,
A défaire une à une les cuirasses de mon corps
De guerrier grimé livrant d’inutiles batailles
Contre des moulins à vent , tel un Don Quichotte .
Puis j’ai pris le temps
D’écouter le vent.

J’ai mis le temps,
Pour croiser le regard de l’Eveil en dedans
Il contemple l’obscur fardé de blanc
Et l’effeuille de ses costumes d’illusions.
Dénude l’illusionniste
De ses paroles dans le vent.

J’ai mis du temps,
A prendre le temps de laisser passer le temps
De goûter pleinement à une seule bouchée d’air
De laisser juste passer les passants
M’offrir leur parfum dans le vent
Sans autre jugement.

J’ai mis le temps,
Dans des petits paquets enveloppés
Où l’on tue le temps à l’étouffer
De faux airs, de préjugés, d’indifférence.
Et quand je les ai libérés.
A l’intérieur, il n’y avait que du vent.

J’ai mis du temps ,
Avant de poser ma peau nue contre la terre
Respirer avec elle l’univers tout entier
Ne faire plus qu’un, avec l’air et la lumière
Et apprécier l’immense espace
Temps où ne passe pas le temps .


© John Bleuet